CONSEIL CANADIEN DES NORMES DE LA RADIOTÉLÉVISION

comitÉ rÉgional du quÉbec

CKAC-AM concernant un épisode de Doc Mailloux (Sexualité adolescente)

(Décision du CCNR 05/06-1104)

Rendue le 30 juin 2006

G. Bachand (présidente), L. Baillargeon, R. Cohen (ad hoc), G. Moisan, M.-A. Murat

Les faits 

Doc Mailloux est une émission de ligne ouverte animée par le psychiatre Pierre Mailloux et sa coanimatrice Janine Ross. Cette émission est diffusée les jours de semaine à l'antenne de CKAC de Montréal de 13 h à 16 h. Les animateurs et les interlocuteurs discutent de sujets se rapportant à la psychologie, à la sociologie et à d'autres disciplines semblables, qui s'inspirent parfois d'une nouvelle des actualités ou d'un phénomène social. 

Le sujet du 24 janvier 2006 était la sexualité adolescente. Doc Mailloux a apparemment choisi ce sujet parce qu'il voulait l'occasion de répondre à des commentaires de la part de l'acteur de Hollywood, Bruce Willis, qui ont d'ailleurs été largement rapportés dans les médias. M. Willis aurait déclaré qu'il a averti ses filles adolescentes de ce que pensent « vraiment » les garçons adolescents, notamment le sexe. Le docteur Mailloux s'est opposé à ce genre de comportement de la part d'un père, principalement en raison du fait qu'on ne peut pas généraliser au sujet de tous les adolescents et que les adolescents devraient pouvoir découvrir eux-mêmes le sexe opposé sans l'ingérence de leurs parents. Il a également laissé entendre que le comportement de M. Willis se qualifiait de « complexe d'Odipe renversé », ce qui a déclenché une discussion plus large sur la sexualité adolescente, à laquelle certains auditeurs ont ajouté leurs propres expériences sexuelles. 

Les parties les plus pertinentes de l'émission sont celles qui suivent (une transcription davantage complète figure à l'Annexe A) : 

Doc Mailloux :   Ben, c'est plus précis. C'est, c'est, euh, c'est 'tit Bruce, c'est 'tit Bruce Willis qui dit « Mes filles savent exactement ce à quoi pensent les garçons de 14 et 16 ans qui les fréquentent. C'est moi qui le leur ai dit. »

 

Janine Ross :    Oui.

 

Doc Mailloux :   On est pas loin de ce que je disais tantôt, là. Veux-tu bien me dire quel maudit talent, que ce gars-là a, pour décoder ce qui se passe, pour décoder, et saisir, ce qui se passe à l'intérieur du psychisme de deux gamins de 14 et 16 ans qui fréquentent ses deux filles?

 

Janine Ross :    Bon. Est-ce qu'il peut lui, se, se référer à sa propre expérience, d'homme?

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Maintenant, est-ce que les deux garçons qui fréquentent ses deux filles sont comme lui? Alors, là, notre 'tit casque Willis, qui est un grand acteur, mais probablement un très piètre père ... vois-tu, s'amuse à uniformiser la gent masculine, n'est-ce pas?

 

Janine Ross :    Oui.

 

Doc Mailloux :   Il dit, « moi, j'étais un 'tit casque de 14 ans. J'ai deux 'tits casques devant moi. Les deux 'tits casques pensent la même chose que moi j'ai pensé à leur, au même âge. » Aiye, c'est pas fort, là.

 

Janine Ross :    Qu'est-ce que ça peut, mais Pierre, qu'est-ce que ça peut vouloir dire?

 

Doc Mailloux :   Ça m'a fessé en pleine face quand j'ai vu ça. Il est donc bien niaiseux, ce maudit cave-là.

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Ça c'est narcissiste. Vous voulez un exemple de narcissisme? Ça s'en est un. Pis, même à ça, j'oserais, si j'étais vulgaire, si je me permettais d'être vulgaire, je dirais que c'est une phrase digne d'un plein de marde. Ç'a pas de bon sens, Janine. C'est quoi cette affaire-là? Publié; ça a faite le tour du globe.

 

Janine Ross :    Est-ce que ça fait partie, Pierre, du rôle d'un père d'instruire ces filles de ce qu'est un jeune homme?

 

Doc Mailloux :   Mais, il le sait pas.

 

Janine Ross :    Répond à la question.

 

Doc Mailloux :   Mon point c'est que ce niaiseux-là croit qu'il le sait. Alors, que, mais, aiye, Janine.

 

Janine Ross :    Mais beaucoup vont dire une chose, Pierre. À 14, 15, 16 ans, c'est bourré de testostérone. Ça, on l'entend souvent. Les petits gars veulent des expériences. Les jeunes, les jeunes, les ados veulent des expériences sexuelles. Il y a une pulsion qui est très forte et on résume souvent -

 

Doc Mailloux :   Janine.

 

Janine Ross :    - un, un jeune homme à ça.

 

Doc Mailloux :   Est-ce que tu savais qu'à 14 et 16 ans j'aurais jamais été capable de me mettre avec une femme?

 

[...]

 

Doc Mailloux :   J'aurais pas été capable de fourrer une femme, moi, à 14, 16 ans.

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Mais pourquoi tu penses que je dis que c'est un plein de marde?

 

Janine Ross :    Quelle perception? Quelle perception?

 

Doc Mailloux :   Aiye, c'est épouvantable cette phrase-là. Il y a quelqu'un qui devrait y dire : t'es t'un plein de soupe. Tu vas causer des, t'as causé des dommages déjà à tes filles. Ferme ta maudite gueule. Y a-tu quelqu'un qui va être capable de lui dire ça? C'est épouvantable, c'est, aiye, c'est cité dans le Journal de Montréal en fin de semaine. Deux millions de personnes qui vont avoir lu ça. Et ce plein de marde-là va, va leur dire c'est correct. « Fourrez-vous le nez, pis éduquez vos filles. Dites-leur ce qui se passe dans la tête d'un garçon de cet âge-là. » Pardon?!

 

Janine Ross :    On généralise.

 

Doc Mailloux :   Je suis psychiatre depuis 26 ans et je ne pourrais jamais faire ça.

 

[...]

 

Janine Ross :    Ils sont moins intéressants; ils sont tous pareils. À part ça, Pierre, qu'est-ce que vous voyez comme dommage potentiel, d'une, d'une phrase comme ça de la part d'un père à ses filles adolescentes?

 

Doc Mailloux :   Aucun jeune homme, les filles, aucun jeune homme que vous allez rencontrer ne sera à la hauteur de votre père, cet homme, parmi les hommes, avec un « H » majuscule.

 

Janine Ross :    Hmmn.

 

Doc Mailloux :   Tu m'as-tu compris?

 

Janine Ross :    Le message sous-jacent, ça serait ça.

 

Doc Mailloux :   Comme, comme élan narcissique, ça bat tout ce que j'ai vu, et de un. Deuxièmement, 'tit Wil ton désir sexuel réprimé envers tes filles, pourrais-tu aller te crosser avec?

 

Janine Ross :    Y a-tu des pères qui -?

 

Doc Mailloux :   On appelle ça l'Odipe renversé.

 

Janine Ross :    Oui.

 

Doc Mailloux :   Et j'ai hâte qu'il y aient d'autres personnes que Mailloux qui parlent de ça au Québec et ailleurs. L'Odipe renversé.

 

Janine Ross :    Parce qu'on -

 

Doc Mailloux :   C'est-à-dire, l'attrait sexuel d'un parent adulte envers l'enfant de sexe opposé.

 

[...]

 

Doc Mailloux :   C'est ordinaire en pas pour rire cette phrase-là. Ça ne pense pas. C'est répandu comme étant un, une attitude à cultiver, alors que c'est le geste à peu près le plus dégradant. Écoute -

 

Janine Ross :    Mais, on l'entend souvent, Pierre.

 

Doc Mailloux :   Avant -

 

Janine Ross :    On entend souvent des phrases comme ça.

 

Doc Mailloux :   Short of, aiye, je vais te dire ceci. Short of fucking them, it, he screwed them. Si je, si je me traduis, O.K.? À défaut de les avoir fourrées, il les a fuckées dans leurs têtes. Je trouve ça, c'est une, c'est une aberration.

 

Janine Ross :    Mais, Pierre, vous l'avez certainement entendu.

 

[...]

 

Doc Mailloux :   J'ai entendu ça souvent, mais je n'ai jamais entendu un individu qui, ouvertement, va aller se proposer comme étant porteur de, de cette
attitude-là qu'il prétend éducative, alors que c'est digne d'un moron. Comprends-tu? Oui, il y a du monde qui le font, mais ils se cachent un peu. Comprends-tu?

 

Janine Ross :    Mais, qui va, qui va -?

 

Doc Mailloux :   Il y a une petite gêne qui va avec, alors que le moron se fait photographier et garoche ça dans la marde publique comme si c'était, aiye, imitez-moi, moi Brucie Willis.

 

[...]

 

Doc Mailloux :   T'sais, mêlons pas les choux et les carottes, là. C'est un maudit bon acteur, mais comme père c'est une pourriture. Pourri, pourri, pourri, pourri, nuisible, mauvais.

 

Janine Ross :    Mais Pierre, quand tu élèves des filles -

 

Doc Mailloux :   Et des pleins, des pleins de soupe comme ça, là -

 

Janine Ross :    Quand t'élèves des filles -

 

Doc Mailloux :   Bon, je t'écoute; je me tais.

 

Janine Ross :    - comment tu leur expliques que les adolescents sont pas pareils à elles?

 

Doc Mailloux :   Comment?

 

Janine Ross :    Comment on enseigne à des filles à l'adolescence, qu'il y a une distanciation, qu'il y a une différence? C'est différent. Les gars n'ont pas la même réponse sexuelle que les filles.

 

Doc Mailloux :   Mais Janine.

 

Janine Ross :    Est-ce que la mère est la plus crédible pour le dire?

 

Doc Mailloux :   Janine.

 

Janine Ross :    Je vous pose des questions, là.

 

Doc Mailloux :   Janine.

 

Janine Ross :    Oui?

 

Doc Mailloux :   À elles de le découvrir.

 

Janine Ross :    On fait beaucoup de mises en garde, hein?

 

Doc Mailloux :   Merci.

 

Janine Ross :    Vous le savez, hein?

 

Doc Mailloux :   Merci. À elles de le découvrir.

 

Janine Ross :    Oui.

 

Doc Mailloux :   Pourquoi tu penses qu'il y a une période qui s'appelle l'adolescence? Découverte de soi; découverte de l'autre, et découverte des autres.

 

Janine Ross :    Ça, je suis bien d'accord, Pierre, mais souvent à l'adolescence, il y a une dose de naïveté et t'as pas l'expérience que tu as à 25 ans ou 30 ans.

 

Doc Mailloux :   Janine, c'est ça l'adolescence.

 

Janine Ross :    Mais pour éviter les pots cassés, est-ce que certains parents vont pas trop parler, mais, sans que ce soit l'Odipe renversé?

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Quand on sera capable de s'élever, pis dire à un gars comme Br-, Bruce Willis, « Bruce, quand tu dis ça, là, t'es t'un plein de marde. » O.K.?

 

Janine Ross :    Alors, est-ce que ça fait partie du rôle du père d'instruire ses filles de ce qu'est un jeune homme? [Elle rit; elle donne des numéros de téléphone]. 

Le premier appel était de la part de Julien : 

Doc Mailloux :   Euh, Julien, quand vous voyez une petite fille qui, qui fait de l'oil à un de vos garçons -

 

Julien :  Il y en a des, oui.

 

Doc Mailloux :   À celui de 16 ans. Commencez-vous par lui dire « Écoute, mon fils, là, ça là, c'est une petite crisse d'agace pissette »?

 

Julien :  Absolument pas, parce qu'il en a -

 

Doc Mailloux :   Ça serait-tu. Mais, mais, mettons qu'avec votre expérience, vous êtes sûr que s'en est une. Allez-vous aller lui dire ça?

 

Julien :  Non.

 

Janine Ross :    Vous ne le mettrez pas en garde.

 

Doc Mailloux :   Mais, là, là, le cave à Willis, ça c'est des choses comme ça, c'est des choses comme ça probablement qu'il est allé dire à ses filles. 

Le docteur Mailloux a posé des questions à un interlocuteur subséquent, qui se nommait Philippe, sur la façon dont il se comportait lorsqu'il était adolescent : 

Doc Mailloux :   Ah, bon, ben, ben là, qu'est c'est, qu'est-ce que vous êtes en train de nous dire? À 14 ans vous aviez, vous aviez pas envie de vous mettre, vous?

 

Philippe :           [???]. Oui et non, là, mais c'était pas une priorité d'aller, d'avoir des relations avec des filles.

 

Doc Mailloux :   Arrêtez donc. Pas une priorité pour vous? Si c'est intéressant. Alors, si jamais vous, 'tit Philippe, fréquentiez la fille de Bruce Willis, qui a dit toutes sortes de choses, sur, euh, là sur la fille à laquelle vous vous intéressez, vous vous sentiriez comment, face à cet escarbot-là? [Janine Ross rit].

 

Philippe :           [???] petites filles [???] petit gars [??].

 

Doc Mailloux :   Non, vous fréquentez la fille de Bruce Willis, pis son père lui a lavé le cerveau.

 

Janine Ross :    Il dit, il dit, le père dit qu'il sait exactement ce qui se passe dans votre tête à vous, Philippe.

 

Philippe :           Il a très raison; probablement qu'il le sait.

 

Doc Mailloux :   Ahh, mais là vous nous dites que si vous la -

 

Philippe :           Moi, je vous dis que moi, de ce que je pensais. Quand moi j'étais jeune, c'est pas une priorité, mais j'ai de plus que je vois, la jeunesse aujourd'hui -

 

Doc Mailloux :   Non, vous allez-vous me sacrer patience à ce que vous voyez de la jeunesse! Vous êtes un aveugle en plus. Pensez-vous que je vous, la parabole des aveugles, vous lirez ça dans la Bible. Alors, parlez-nous de vous à 16 ans, maintenant, à 16 ans.

 

Philippe :           Je pensais pas à ça.

 

Doc Mailloux :   À quoi que vous ne pensiez pas?

 

Philippe :           D'aller fourrer d'autres filles.

 

Doc Mailloux :   Pardon?

 

Philippe :           De, d'avoir des relations avec d'autres filles. C'était pas, c'était pas une priorité, moi, pantoute même.

 

[.]

 

Doc Mailloux :   Bon, alors, j'espère que le cave à Willis est en train de vous écouter.

 

Philippe :           [???] le père?

 

Doc Mailloux :   Et de réaliser qui a un Philippe au monde, 24 ans, qui à 14 et 16 ans, ne voyait absolument pas comme priorité de fourrer ses filles. O.K.? On s'entend là-dessus? [Philippe rit] Bye. 

Le prochain interlocuteur, Jeannot, a raconté au docteur Mailloux ce que sa mère lui avait dit au sujet des relations lorsqu'il était adolescent : 

Jeannot :           Parce que moi, ben, je répète ce que surtout ma mère, j'avais une relation avec, euh, assez plus intime pour ces choses-là. Elle me dit [??] une petite demoiselle c'est pas faite pour, euh, salir, si vous voulez. Ce n'est pas faite pour maltraiter.

 

Doc Mailloux :   Votre mère manquait de maudite belle chance de, de devenir consciente de son Odipe renversé.

 

Jeannot :           Peut-être. Après -

 

Doc Mailloux :   Répétez la niaiserie, répétez la niaiserie sublime que votre charmante mère vous disait. Une petite demoiselle n'est pas faite pour?

 

Jeannot :           Faut pas faire du mal à une demoiselle.

 

Doc Mailloux :   Non, c'est quoi le premier mot là? J'aimais ça.

 

Jeannot :           [??] maudite [????]. [Janine rit]

 

Doc Mailloux :   Une petite demoiselle n'est pas faite pour être salie.

 

Jeannot :           Ah, ouais. Ouais. O.K., j'ai, mais c'est, en tout cas, je sais pas -

 

Doc Mailloux :   Hein?

 

Jeannot :           - les mots exacts qu'elle utilisait.

 

Doc Mailloux :   Queue d'un garçon c'est sale.

 

Jeannot :           Mais c'est pas ça qu'elle voulait dire.

 

Doc Mailloux :   C'est sale, le queue d'un homme.

 

Jeannot :           [???].

 

Doc Mailloux :   Votre mère était en conflit d'intérêts et elle aurait eu davantage à se l'agraffer, Monsieur.

 

[...]

 

Jeannot :           [...] Puis les premières, euh, relations, ç'a jamais été avec pénétration. Ç'a tout le temps été, euh, je me suis fait sucer, j'ai mangé le clitoris d'une femme, j'avais peut-être à ce moment-là 12, 13 ans. La demoiselle [?] était plus vieille que moi. O.K.? Peut-être 14, 15, 16 ans. Puis, euh, c'est pour ça que je vous dis je comprends un peu ce que M. Willis - ah ben, M. Willis - Bruce Willis essaie de dire - on dira pas monsieur - parce que là, lui, [??] pousser un peu trop loin macho, pis, euh, lui comme vous dites, on parle de l'Odipe renversé et [???] jamais parlé. Ça m'a tellement rendu compte moi aussi avec ma petite fille que j'ai - 

Plus tard au cours de l'émission, le docteur Mailloux a déclaré que selon une étude effectuée en Angleterre, l'âge moyen auquel les gens ont leur première expérience sexuelle a en effet augmenté. Le docteur Mailloux et Janine ont ensuite discuté des différences entre la sexualité masculine et la sexualité féminine : 

Doc Mailloux :   La petite fille de 12, 13 ans qui a des relations sexuelles est fourrée par un [?] de 18, 20 ans.

 

Janine Ross :    Mais les garçons -

 

Doc Mailloux :   Elle est pas fourrée par le petit gars [?], le 'tit gars de 12 ans, entends-tu?

 

Janine : - qui ont des, qui ont des activités sexuelles -

 

Doc Mailloux :   Mais non, les, écoute. Le plus que le p'tit gars de 12 ans va faire là, d'abord la plupart bandent même pas encore. Pis, ils éjaculent même pas à 12 ans. Janine.

 

Janine Ross :    Admettant que ça soit, admettant que ça soit -

 

Doc Mailloux :   Il va avoir peur. Écoute. Ça marche pas comme ça, la sexualité masculine -

 

Janine Ross :    Mais c'est parce que Jeannot nous disait.

 

Doc Mailloux :   Il y a toujours un cas. C'est exceptionnel, un petit gars de 12 et 13 ans qui éjacule. Ils commencent à éjaculer 13 ans et demi, 14. Voyons. 

Le prochain interlocuteur, Alexandre, a parlé du rôle du parent et a suggéré qu'il est mieux qu'une mère parle à sa fille et qu'un père parle à son fils. Le docteur Mailloux a alors présenté un scénario hypothétique à Alexandre dans lequel un père s'aperçoit que le petit ami de sa fille a une érection. Alexandre a déclaré que dans une telle situation il demanderait à sa femme de parler à sa fille. La conversation est alors passée à la première expérience sexuelle d'Alexandre : 

Alexandre :        Moi, moi j'ai eu ma première relation à 14 ans.

 

Janine Ross :    O.K.

 

Alexandre :        Puis, je pense qu'aujourd'hui j'ai pas eu énormément de mauvais côté à ça. Euh.

 

Doc Mailloux :   Quel âge avait la fille?

 

Alexandre :        Quatorze aussi. On avait tous les deux 14 ans.

 

Doc Mailloux :   Alexandre.

 

Janine Ross :    Oui. Oui.

 

Doc Mailloux :   Alexandre, ç'a duré combien de temps, la copulation?

 

Alexandre :        Pratiquement un an.

 

Doc Mailloux :   Non, non. Non, non, non, non, non, non, non. Le temps -

 

Alexandre :        Ô non, le temps?

 

Doc Mailloux :   Le temps de -

 

Alexandre :        Ô boy, euh. La première fois je me suis planté royalement.

 

Doc Mailloux :   Expliquez aux auditeurs.

 

Alexandre :        Mais [?] vous dis que, en tout cas, hmn, je savais pas comment faire préliminaire là, je savais même pas que ça existait. Je savais pas qu'une fille, elle pouvait mouiller. Je savais pas. Moi, j'ai essayé de rentrer.

 

Doc Mailloux :   Alexandre.

 

Alexandre :        [?] c'était elle qui me l'avait expliqué par exemple là.

 

Janine Ross :    C'est, c'est.

 

Alexandre :        Je me, comme je vous dis, je me suis planté royalement. J'étais pas au courant de rien. Puis je pense qu'on a, elle aussi c'est sa première fois donc on a, comme, appris ensemble. Puis je dirai qu'après un an c'était [??].

 

Doc Mailloux :   Alexandre, est-ce que vous étiez, à l'âge, est-ce que vous étiez prêt pour une copulation avec une petite fille?

 

Alexandre :        Honnêtement moi j'suis pas sûr parce que si moi je sais [??] -

 

Doc Mailloux :   Est-ce que votre geste, est-ce que votre geste était respectueux de l'autre?

 

Alexandre :        Mais c'est elle qui, qui, qui me l'a quasiment demandé avec -

 

Doc Mailloux :   Mais oui. Encore une petite cochonne. C'est elle. Écoute. T'avais été victime d'un viol. 

Après une pause publicitaire, le docteur Mailloux et Janine ont fait d'autres commentaires au sujet du scénario hypothétique que le docteur Mailloux a présenté au dernier interlocuteur et de la réaction de cet interlocuteur : 

Doc Mailloux :   Une scène, une scène très simple.

 

Janine Ross :    Oui.

 

Doc Mailloux :   Une fille de 17 ans -

 

Janine Ross :    Oui.

 

Doc Mailloux :   - avec son, un, un camarade de 17 ans à côté. On passe et là, le père s'aperçoit que le garçon t'a une cibole de bosse dans ses culottes. Il est bandé ben dur. Et ça paraît.

 

Janine Ross :    Oui. Il vient comprendre plusieurs affaires, ce père-là. C'est que sa fille est avec quelqu'un sexué. Sa fille peut être sexuée.

 

Doc Mailloux :   Là, il change de pièce, il envoie la bonne femme « écoute, va parler à notre fille. Le gars, je te mens pas, il t'a un maudit motton dans ses culottes » [il rit].

 

Janine Ross :    Mais c'est la panique. Ça génère une forme de panique.

 

Doc Mailloux :   Ah, Ja-, écoute. C'est chose extraordinaire.

 

Janine Ross :    Alors tu réagis comment?

 

Doc Mailloux :   [??] des choses simples. Mais, c'est ça la vie. C'est ça la vie de parent.

 

Janine Ross :    Tu réagis comment comme parent? C'est ça.

 

Doc Mailloux :   Et c'est pour ça que Bruce Willis m'a mis le feu au cul quand j'ai lu sa stupidité qui est reproduite comme étant un modèle à imiter. Va te faire foutre, coco! T'es un grand acteur. Comme père t'es un idiot. 

Cet entretien fut suivi d'un appel de la part d'Émilie qui a annoncé qu'elle a 11 ans. Émilie a expliqué qu'elle a des difficultés avec sa mère, car chaque fois qu'elle mentionne ses amis qui sont des garçons, sa mère insiste que les garçons ont souvent des mauvaises intentions. Le docteur Mailloux a posé des questions à Émilie au sujet de ce qu'elle fait avec ses copains. Émilie a expliqué qu'elle se sent trop jeune pour des relations amoureuses et qu'elle sort principalement en groupe pour aller au cinéma ou patiner. Le docteur Mailloux a offert son explication pour la réaction de la mère d'Émilie devant les amitiés de cette dernière : 

Doc Mailloux :   Excellent. On va continuer comme ça. Et, euh, vous savez, Émilie, je vais vous confier un grand secret. Il y a beaucoup de mères au Québec qui manquent de caresses. Et elles sont jalouses de leurs petites filles qui pourraient peut-être s'avoir certaines petites caresses. Peut-être que votre mère est une de celles-là.

 

Émilie :             Euh non, ma mère, elle est très gentille. Elle me comprend pis, euh, pis tout ça -

 

Doc Mailloux :   Non, non, non. Attendez un peu. Est-ce que votre mère est bien caressée?

 

Émilie :             Oui.

 

Doc Mailloux :   Ah, qu'en savez-vous?

 

Émilie :             Eh bien, mes parents s'entendent très bien.

 

Doc Mailloux :   Ah oui? Et votre père caresse votre mère devant vous?

 

Émilie :             Non.

 

Doc Mailloux :   Alors qu'en savez-vous?

 

Janine Ross :    Ils sont affectueux peut-être?

 

Doc Mailloux :   Non, non. Attendez.

 

Janine Ross :    Hein?

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Non, non. Mets pas de mots dans sa bouche s'il vous plaît.

 

Janine Ross :    [??] mais je dis affection peut-être.

 

Doc Mailloux :   Vous dites que vos, que votre mère est bien caressée. Qu'en  savez-vous qu'elle est bien caressée?

 

Émilie :             Ben, je sais que mes parents s'entendent très bien. On toujours dormi dans, dans même lit.

 

Doc Mailloux :   Oui. Oui. Mais qu'en savez-vous que vos parents, que votre mère est bien caressée?

 

Émilie :             Ben, je le sais pas. Je l'ai jamais vu là. [??] voir mon [?] mais -

 

Doc Mailloux :   Ahh! On va se garder, on va se garder un petit doute! Alors on ne sait pas. Il est possible, peut-être que je me trompe. Mais il est possible que ma mère ne soit pas si bien caressée que ça. Et qu'elle aime pas tellement ça qu'Émilie, t'sais, pourrait être là, à un moment de recevoir des petites caresses. C'est peut-être ça son petit problème. Il y a beaucoup de mères qui sont comme ça au Québec. Et toujours est-il que pour les activités que vous faites ç'a ben de l'allure. Hein?

 

Émilie :             Mm hm.

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Ô Janine, je ne croyais pas. Il m'arrive régulièrement d'oublier que nous avons des très jeunes qui écoutent notre émission.

 

Janine Ross :    Mais oui. Ça vous rappelle, hein?

 

Doc Mailloux :   Alors les auditeurs, puis il y avait un auditeur qui avait appelé la semaine dernière pis qui était très insultant envers l'auditoire qui écoute notre tribune. S'il vous plaît, mon 'tit casque, écoute un peu plus souvent. Et tu vas voir que du monde très bien qui appelle notre tribune et de tous les groupes d'âge. 

Après une conversation avec un autre interlocuteur et une pause pour les actualités, le docteur Mailloux est revenu au sujet des commentaires de Bruce Willis : 

Doc Mailloux :   « Mes filles. » Bruce Willis, reproduit dans le cahier weekend. Écoute, c'est pas anodin, là. Reproduit, en gros, en caractères gras, dans le cahier weekend de, du Journal de Montréal du 21 janvier, de samedi 21 janvier 2006. Alors, il y a à peu près, cet article-là va avoir été vu par à peu près deux millions de personnes au Québec, O.K.? Une personne sur trois, euh, presque une sur deux, va avoir vu cette, cette, cette citation-là. Et, il dit, Bruce Willis, on voit sa photo, coco rasé au côté, dit « Mes filles savent exactement ce à quoi pensent les garçons de 14 et 16 ans qui les fréquentent; c'est moi qui le leur ai dit. » Ça prend-tu un maudit plein de soupe pour oser affirmer une chose? « Mes filles savent exactement ce à quoi pensent les garçons de 14 et 16 ans qui les fréquentent; c'est moi qui le leur ai dit. » Mais, pour qui se prend cet [ostragot?], mal dégrossi?

 

Janine Ross :    Mais, c'est la généralisation.

 

Doc Mailloux :   Quasi incestueux, du moins c'est. Écoute, -

 

Janine Ross :    C'est sa généralisation qui vous prend.

 

Doc Mailloux :   - l'Odipe renversé ça c'est l'antichambre de l'inceste. De l'inceste psychologique d'abord, et de l'inceste physique par la suite. Comprends-tu? C'est un continuum ça. L'Odipe renversé, inceste psychologique, inceste physique. C'est un continuum. Je dis pas que tout le monde qui manifeste un Odipe renversé assez important vont être nécessairement incestueux. Mais c'est l'antichambre. 

Puis, le docteur Mailloux et Janine ont parlé avec un autre interlocuteur, cette fois-ci Zachary, lequel a exprimé des préoccupations au sujet de la prostitution et de la grossesse enfantines dans les pays en voie de développement. Cette conversation fut suivie d'un entretien avec l'interlocutrice Francine qui a fait part de son expérience en tant que mère de garçons : 

Francine :          Savez-vous, ce, à quoi je, je réfère là? Moi j'ai, moi j'ai élevé, comme, plus des garçons et tout ça. Et je me souviens d'une fois où j'avais comme une espèce de mezzanine, puis mon fils était, était en haut. J'avais un fils qui avait, qui était à 12 ou je peux pas me souvenir à quel âge. Pis, un moment donné, j'ai monté parce que je pensais qu'il dormait. Alors j'ai juste jeté un oil, pis là j'ai vu mon fils qui est en érection pis qui est en train de se, se pas-, euh, se masturber [elle rit].

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Attendez un peu, Francine. Dites ce que vous alliez dire.

 

Francine :          Bon, alors moi -

 

Doc Mailloux :   Il est en train de se passer.

 

Francine :          Oui, oui, ça se passait. C'est là j'ai vu qu'il est -

 

Doc Mailloux :   Il est en train de se passer un poignet.

 

Francine :          Oui. Pis il est -

 

Doc Mailloux :   Mais, mais utilisez, j'aimerais qu'à notre tribune, les gens utilisent -

 

Francine :          Je veux dire qu'il était en train -

 

Doc Mailloux :   - leur langage et non pas changent leur langage parce qu'ils sont à la radio. Ça, ça me fait [?]. 

Quelques minutes plus tard, Claude était à l'appareil. Claude a fait référence à deux appels précédents et, vers la fin de la conversation, a parlé des ses expériences personnelles lorsqu'il était adolescent : 

Claude :            Euh ben, avant je voulais savoir, euh, il y a un gars tout à l'heure qui, un monsieur qui vous parlait que sa fille fréquentait, elle avait comme 17 ans, fréquentait un jeune homme là. Puis, euh, il, il avait dit au gars « ben là, si, si la pression est trop forte, va te soulager. »

 

Doc Mailloux :   Oui.

 

Claude :            Trouvez-vous que ça a de l'allure d'aller dire ça?

 

Doc Mailloux :   Non.

 

Claude :            Parce que vous avez, vous aviez rien dit là.

 

[...]

 

Doc Mailloux :   C'est pas parce que je dis rien que j'approuve.

 

[...]

 

Claude :            Vous trouvez que c'est un con.

 

[...]

 

Claude :            Ben, si tu mets un gars mal à l'aise c'est la pire chose que tu peux faire.

 

Doc Mailloux :   Oui.

 

Janine Ross :    J'imagine. Et la fille aussi. Ta propre fille.

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Non, mais, attendez là. Attendez, Claude. À sa décharge -

 

Claude :            Oui?

 

Doc Mailloux :   Le type était debout puis se promenait avec son érection.

 

Claude :            Oui? Oui?

 

Doc Mailloux :   Vous savez? Il y a toute sorte de monde, mon Claude.

 

Claude :            Oui.

 

Janine Ross :    On n'a pas le scénario complet.

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Il était debout et se promenait fortement érecté.

 

Janine Ross :    Est-ce qu'il se pavanait?

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Est-ce qu'il se pavanait?

 

Claude :            Il faisait-tu exprès, c'est ça là?

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Vous savez? Tout ça existe. La mosaïque humaine.

 

[...]

 

Claude :            Alors si le gars faisait par exprès, il aurait peut-être ben faite de dire.

 

[...]

 

Claude :            Puis, la, la, la jeune fille [??] là. Je veux dire que je m'occupais. Je manquais un petit bout aussi. La jeune fille qui parlait là, d'onze ans là. Elle disait-tu que, euh, elle l'embrassait, elle frenchait avec son chum?

 

Janine Ross :    Non. Non.

 

Doc Mailloux :   Pas du tout.

 

Claude :            Alors, elle a dit qu'elle faisait pas ça?

 

Doc Mailloux :   Elle dit, elle nous a dit, j'ai écrit, je sais.

 

Claude :            Oui?

 

Doc Mailloux :   C'est Émilie.

 

Claude :            Oui?

 

Doc Mailloux :   « Je, je n'ai pas le goût de l'em-, d'embrasser. »

 

Claude :            Mais c'est bien aussi à cet âge-là.

 

Doc Mailloux :   Merci.

 

Claude :            C'est, c'est mieux que [??]. Maintenant pour Bruce Willis -

 

Doc Mailloux :   Il est, il est bien parce que à cet âge-là, l'orifice buccal -

 

Claude :            Oui?

 

Doc Mailloux :   - est très peu érotisé.

 

Claude :            Oui.

 

Doc Mailloux :   Ce n'est qu'à la longue pendant, sur une période de plusieurs années que ce cher petit trou va procurer un sens, une stimulation au cerveau telle que le petit, euh, vagin va se mettre à lubrifier.

 

[...]

 

Claude :            C'est, c'est, c'est bon. Mais, maintenant pour, euh, Bruce Willis. Il dit que, euh, il a dit que « moi, je, j'ai décidé, j'ai dit à mes filles c'est à quoi des gars. »

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Je répète le début de la phrase : « Mes filles savent exactement ce à quoi pensent les garçons de 14 et 16 ans. » C'est baveux en pas pour [rire?]. [Janine rit]

 

[...]

 

Claude :            Ben, O.K. Et lui, il dit « je leur ai dit ». Euh, mais de parler à nos, à nos filles, euh, euh, ce que c'est le sexe opposé, c'est peut-être pas nécessairement mauvais là.

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Non, non. Claude. Claude. Les garçons ne sont pas un groupe homogène. C'est juste ça mon point. C'est dangereux ce qu'a faite le cave.

 

[...]

 

Doc Mailloux :   Vous avez mentionné que vous êtes trop gêné à 14 ans. Qu'est-ce qui vous gênait?

 

Claude :            Mais moi j'étais timide avec les filles. C'est ça.

 

Doc Mailloux :   Mais en, en quel honneur vous étiez timide avec les filles?

 

Claude :            Ah oui, j'étais ben timide quand j'étais jeune.

 

Doc Mailloux :   Arrêtez donc.

 

Claude :            Tout de même.

 

Doc Mailloux :   Ah oui?

 

Claude :            Surtout avec les filles.

 

Doc Mailloux :   Ah oui?

 

Claude :            J'étais de nature. Pis surtout avec les filles, c'est, c'était pire.

 

Doc Mailloux :   Ah oui? C'est drôle. Plus on vous parle, plus votre discours change. Alors en deux minutes. Eh ben.

 

Janine Ross :    Mais il y pensait. C'est ce qu'il maintient. C'est qu'il y pensait.

 

Doc Mailloux :   Ahh.

 

Claude :            Mais j'y pensais, j'y pensais beaucoup.

 

Doc Mailloux :   Il était gêné. Il était ben timide.

 

Claude :            Oui.

 

Doc Mailloux :   Ah bon.

 

Claude :            Mais j'y pensais beaucoup. Mais je tripotais les, les, à partir de 14 j'en ai tripotées quand même. Je veux dire, euh, [??].

 

Doc Mailloux :   [??]. Alors en parlez-nous. Qu'est-ce que vous voulez dire par là « j'en ai tripotées »? Qu'est-ce que, qu'est-ce que vous voulez dire?
Expliquez-vous.

 

Claude :            Du poign-, du poignage de boules, puis, euh, bon.

 

Doc Mailloux :   Du poignage de boules?

 

Claude :            Oui.

 

Janine Ross :    Ah vous [?] O.K.?

 

Claude :            Non. [il rit]

 

Doc Mailloux :   Alors poignage de boules. Ça semblait à quoi? Ça se passait où? Comment?

 

Claude :            Ben, je vous dis en campagne c'est pas, c'est pas les endroits qui manquent, hein?

 

Doc Mailloux :   Non, Claude.

 

Claude :            N'importe où. Dans les maisons, euh, dans, dans la nature, euh, dans la grange.

 

Doc Mailloux :   Concrètement, vous faisiez quoi?

 

Claude :            Bon, je les tripotais.

 

Doc Mailloux :   Oui, mais par-dessus de linge? En dessous?

 

Claude :            Par en-dessous.

 

Doc Mailloux :   En dessous du linge?

 

Claude :            Oui, c'est ça. Puis on s'embrasse. Tout ça.

 

Doc Mailloux :   Oui. À partir de là, vous aviez quel âge pour poignage de boules?

 

Claude :            Ben, ça, ç'a commencé à, euh, 13, 14 là.

 

Doc Mailloux :   Treize, 14?

 

Claude :            Oui. Mais moi je, je pensais à, c'est pas arrivé beaucoup de fois. Mais je pensais -

 

Doc Mailloux :   Vous savez? Vous savez, Claude? Moi j'aimerais bien si,
avez-vous des filles?

 

Claude :            Non.

 

Doc Mailloux :   Non? O.K. Moi je, j'aurais aimé ça que vos, euh, filles, si vous avez eu des filles, vous entendent.

 

Claude :            Oui.

 

Doc Mailloux :   Hein? Vous entendent cet après-midi. Entendent votre témoignage. Qu'est-ce qu'elles auraient pensé de leur père?

 

Claude :            Puis elles penseraient que j'étais pas correct?

 

Doc Mailloux :   Hein?

 

Claude :            C'est ça vous pensez?

 

Doc Mailloux :   Vous avez, vous avez des, il y a des jeunes filles qui vous écoutent là.

 

Claude :            Oui.

 

Doc Mailloux :   Alors, vous avez tripoté, puis vous avez poigné, vous êtes livré au poignage de boules?

 

Claude :            Oui. Qu'est-ce qui est pas correct?

 

Doc Mailloux :   Oui. Oui. Y penserait, O.K.? Claude, le respect vous a échappé. Malheureusement. 

Un auditeur a présenté une plainte auprès du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), lequel l'a faite parvenir au CCNR conformément à sa pratique habituelle. Dans cette plainte datée du 5 février, cet auditeur a exprimé son objection quant à l'emploi, par le docteur Mailloux, de propos insultants à l'endroit de Bruce Willis (le texte intégral de toute la correspondance afférente se trouve à l'Annexe B) : 

Je veux porter à l'attention et à l'analyse les propos tenus à l'endroit de M. Bruce Willis, par le Doc Mailloux et non tempérés par l'animatrice Janine Ross en le traitant, entre autres de « plein de marde » en commentant un article paru dans les jours précédents dans un quotidien. Les propos offensants, méprisants et dénigrants de « plein de marde » et autres qualificatifs sont à mon avis condamnables par le CRTC, ceux également utilisés lors de la même envolée du M. Pierre Mailloux à l'égard de M. Bruce Willis justifient enquête de votre part. [...]

 

Je tiens également à souligner la part non négligeable de la station CKAC et de l'animatrice Janine Ross dans un blâme éventuel du CRTC, ceux-ci tolérant des propos condamnables sur cette émission.

 

Les propos de « plein de marde » utilisés à l'endroit de M. Bruce Willis contreviennent, à mon avis, à la disposition du Règlement du CRTC quant à la dignité et à l'obligation du diffuseur à produire une émission de haute qualité. 

CKAC a répondu au plaignant le 19 février, comme suit : 

Comme vous le savez, CKAC-AM diffuse des émissions de services, de commentaires et de discussions sur des questions diverses dont certaines peuvent être controversées.

 

CKAC diffuse donc une programmation offrant un large éventail de style et de contenu, selon un dosage que nous tentons d'adapter au public cible que nous desservons depuis de nombreuses années.

 

Dans votre lettre, vous soulevez une préoccupation concernant des propos que vous jugez inappropriés et de mauvais goût. Nous comprenons que certains commentaires ou certains sujets ou certaines façons de les aborder peuvent ne pas rencontrer les goûts de tous. Le goût est un élément extrêmement subjectif selon le point de vue des individus. Le Code de déontologie (« Le code ») de l'Association canadienne des radiodiffuseurs administré par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (« CCNR ») soutient que la « responsabilité du radiodiffuseur ne s'étend pas aux questions liées au bon goût. ». Le CCNR applique les normes sociales actuelles dans son interprétation du Code. Le Conseil a reconnu qu'une émission « peut ne pas être "la tasse de thé" de tout le monde et il assume que quelques personnes pourraient être offensées . Ce n'est pas, cependant, le critère selon lequel l'émission doit être jugée. »

 

Dans une décision subséquente, le CCNR a aussi clarifié « qu'il n'y a aucun doute que notre société demande que certains soient traités par les médias. » Il serait cependant déraisonnable et illusoire de s'attendre à ce que le contenu diffusé sur les ondes fasse l'unanimité. Mais selon le CCNR, « Ce qui peut constituer la limite de l'acceptable doit être analysé dans le contexte, et ce dans chaque cas ».

 

Dans le cas de l'émission du Docteur Mailloux, le spectre très large des sujets abordés tout comme les techniques d'évocation de ce professionnel de la santé, peuvent parfois faire l'objet d'interprétations diverses et déplaire à certains auditeurs. Nous avons néanmoins la conviction, que les propos du Docteur Mailloux, tenus sur nos ondes, ne recèlent pas d'hostilité, ou d'incitation à la haine.

 

Nous avons cependant analysé à l'interne vos préoccupations et nous tenons régulièrement des discussions avec notre personnel en ondes au sujet des contenus diffusés et nous continuerons à exercer la plus grande vigilance concernant ces sujets. Nous regrettons profondément que vous ayez été offensé par cette émission. Soyez assuré que nous prenons sérieusement nos responsabilités comme radiodiffuseur. À CKAC-AM, nous travaillons pour assurer que toute notre programmation respecte la Loi sur la radiodiffusion, les  Règlements de la radio et le Code et les standards exigés de nous comme un membre du CCNR. 

Le plaignant a présenté sa Demande de décision le 24 février, accompagné de la note suivante : 

Dans sa réponse, le radiodiffuseur semble vouloir atténuer mes préoccupations en modifiant les termes que j'ai utilisés et reprochés aux propos du docteur Mailloux lors de l'émission en question. Aussi il mentionne que je jugeais « inappropriés et de mauvais goût » lesdits propos alors que je mentionnais précisément que je jugeais ceux-ci comme OFFENSANTS, MÉPRISANTS et DÉNIGRANTS envers M. Bruce Willis.

 

Le radiodiffuseur utilise à 4 reprises le terme « goût » dans son 2e paragraphe de sa lettre, insistant sur cet aspect des propos du Doc Mailloux. J'insiste et réitère ma préoccupation et ma plainte sur la base des accusations que j'ai transmises lors de ma plainte originale du 6 février 2006.

 

Personnellement, les termes de « plein de marde » utilisés (je crois plus d'une fois par le Doc Mailloux lors de l'émission, à vérifier sur la bande), ont modifié négativement l'image que j'avais de M. Willis et à chaque fois que j'entends son nom ou voit son image, ceux-ci s'en voient altérés négativement. Je présume que d'autres auditeurs peuvent également avoir ressenti une perception semblable, préjudiciable à l'offensé. 

 

la dÉcision 

Le Comité régional du Québec a examiné l'émission à la lumière des dispositions suivantes du Code de déontologie de l'Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) :

 

Article 6 - Présentation complète, juste et appropriée

 

C'est un fait reconnu que la tâche première et fondamentale de chaque radiotélédiffuseur est de présenter des nouvelles, des points de vue, des commentaires ou des textes éditoriaux d'une manière complète, juste et appropriée. Ce principe s'applique à toute la programmation de la radio et de la télévision, qu'il s'agisse des nouvelles, des affaires publiques, d'un magazine, d'une émission-débat, d'une émission téléphonique, d'entrevues ou d'autres formules de radiotélévision dans lesquelles des nouvelles, des points de vue, des commentaires ou des éditoriaux peuvent être exprimés par les employés du radiotélédiffuseur, leurs invités ou leurs interlocuteurs.

 

Article 9 - Radiodiffusion

 

Reconnaissant que la radio est un média local et qu'il reflète par conséquent les normes de la collectivité desservie, les émissions diffusées aux ondes d'une station de radio locale doivent tenir compte de l'accès généralement reconnu à la programmation qui est disponible sur le marché, de la répartition démographique de l'auditoire de la station et de la formule empruntée par la station. Dans ce contexte, les radiodiffuseurs prendront un soin particulier de veiller à ce que les émissions diffusées à l'antenne de leurs stations ne comprennent pas :

 

[...]

(b)        du contenu qui est indûment sexuellement explicite; et/ou

(c)        du langage qui est indûment grossier et injurieux. 

 

Commentaires insultants à propos de Bruce Willis 

Dans certains sens, les personnalités sont davantage vulnérables aux commentaires et aux critiques que le sont les simples particuliers. Étant donné la nature même de ce qu'ils font et le fait qu'ils sont bien connus par le public, ils se font remarquer et deviennent par conséquence soit des idoles ou des personnes vénérées, soit l'objet de désapprobation et de critique. Cela ne signifie pas que le public a le droit de dire n'importe quoi au sujet des personnalités. Nous ne faisons que simplement observer qu'il existe une certaine probabilité qu'ils s'attirent des commentaires, lesquels se rangeront sur le côté négatif de la clôture neutre, ne serait-ce que selon les forces du hasard. 

S'il y a une limite aux commentaires critiques qui peuvent être exprimés, quelle sera sa définition ou sa limitation? Certains exemples de décisions rendues par le Comité de l'Ontario et le présent Comité suivent. Dans CHOG-AM concernant The Jesse and Gene Show (Décision du CCNR 93/94-0242, rendue le 15 novembre 1994), le Comité régional de l'Ontario a observé que « l'on critique et parodie souvent les personnes qui prennent une part active aux affaires publiques, tels que des politiciens. » Comme l'a expliqué le Comité : 

En fait, il est l'élément le plus essentiel du principe de la liberté d'expression que la critique des personnes politiques et des positions politiques est permise dans une société libre. À condition que la satire ou la critique soit portée contre les personnes politiques basée sur leurs actions comme personnes publiques et non basée sur leurs origines nationales ou ethniques, il faut qu'elle soit permise, et même encouragée. 

Dans CJMF-FM concernant l'émission L'heure de vérité avec André Arthur (Décision du CCNR 99/00-0240, rendue le 29 août 2000), l'animateur de l'émission a traité une famille éminente du Québec de « famille de tout croches », atteinte de « problèmes psychiatriques, de[s] problèmes de toxicomanie, de[s] problèmes d'alcoolisme ». Même si le Comité régional du  Québec ne s'est pas penché de façon substantielle sur la renommée publique de la famille faisant l'objet de la vitupération de l'animateur, il en est effectivement venu à la conclusion que le 

langage injustifiablement incendiaire de l'animateur constitue un simulacre de liberté d'expression et le pire type d'excès journalistique auquel la radio interactive puisse succomber. Il n'ajoute absolument rien qui ait un tant soit peu de valeur au débat public. Il s'agit de remarques mesquines, outrageantes et haineuses. Loin d'être complètes, elles sont vides de sens, loin d'être impartiales, elles représentent la plus injuste utilisation d'un microphone à sens unique qui soit, et loin d'être bienséantes, elles sont déplacées et inappropriées. 

Ce Comité n'a pas non plus établi que la position publique de la famille justifiait les commentaires insultants qui leur avait été lancés. Dans CHOI-FM concernant Le monde parallèle de Jeff Fillion (Décision du CCNR 02/03-0115, rendue le 17 juillet 2003), ce Comité fut saisi d'autres propos insultants, notamment « hostie de prétentieux », « hostie de pas bon », « loser », « un vomi », « un chieur », et « un arbre avec des racines pourries » (lesquels visaient un animateur concurrent d'une autre station de radio à Québec, c'est-à-dire une personnalité) et a trouvé que l'émission en cause était « criarde, impétueuse, déplaisante » et qu'elle comportait « des insultes méchantes, vides de sens et de fondement », ce qui constitue une violation du Code de déontologie de l'ACR. Comme l'a expliqué ce Comité, « les ondes canadiennes ne sont pas pour autant une mêlée. » Cependant, lorsque les observations au sujet de ce même concurrent étaient « des commentaires ciblés comme l'accusation selon laquelle [ce dernier] était "un mauvais communicateur" qui avait perdu la plupart de ses auditeurs [ils] étaient de bonne guerre. » 

Dans le cas qui nous occupe, le Comité en vient à la conclusion que l'animateur avait entièrement le droit, et en réalité dans sa capacité professionnelle, de critiquer ce qu'a dit Bruce Wills au sujet de la sexualité adolescente. Il pouvait également accuser l'acteur de ne savoir rien de rien lorsqu'il a fait part de ses observations à ses filles concernant les présumées intentions des garçons adolescents (bien qu'il y ait aussi aucun doute qu'ayant été adolescent et qu'étant maintenant père, il était justifié que M. Willis exprime son opinion sur ces sujets). Le docteur Mailloux n'était toutefois pas satisfait de faire ses propres déclarations de façon détachée et professionnelle et c'est que le Comité conclut à une infraction du Code. De qualifier les propos de M. Willis de « faux » aurait constitué une critique acceptable; « plein de marde » ne l'est pas. De plus, ces propos visaient M. Willis en tant qu'individu, et même pas ce qu'il a dit. Et, l'animateur n'y est pas allé avec le dos de la cuillère : « niaiseux », « ce maudit cave-là », « 'tit casque », « un plein de soupe », etc. Même si l'une ou l'autre de ces insultes aurait pu, à elle seule, passer, la collection entière, conjuguée à « plein de marde » ne passe pas. Elles constituent une insulte péjorative et excessive à l'endroit d'une personnalité dont les commentaires anodins au sujet des garçons adolescents ne justifient aucunement une telle foucade si méchante et non professionnelle de la part d'un médecin. Par conséquent, l'émission constitue une infraction à l'article 6 du Code de déontologie de l'ACR. 

 

Le contenu à caractère sexuel à la radio 

Le CCNR a traité de cette question à maintes occasions. Le principe général qu'il suit est le suivant : la mention des parties du corps est acceptable, même aux heures de la journée où l'on peut s'attendre que les enfants soient à l'écoute. Le sous-entendu à caractère sexuel sera également acceptable; toutefois la discussion de sujets sexuellement explicites sera tenue pour une violation de l'article 9 du Code de déontologie de l'ACR. À titre d'exemples de contenu indûment sexuellement explicite, signalons ceux abordés dans CFMI-FM concernant Brother Jake Morning Show (Décision du CCNR 00/01-0688, rendue le 23 janvier 2002). Le Comité de la C.-B. a dit ce qui suit au sujet de l'exemple qui fait le plus problème : 

La discussion qui a suscité des préoccupations était celle au sujet d'une aventure sexuelle qu'aurait eue un des animateurs. Selon ce dernier, la scène s'est déroulée sur un banc de travail. L'animateur décrit la façon dont la femme avec laquelle il est sorti le soir d'avant « commence à exécuter un striptease déchaîné jusqu'à ce qu'elle ne soit vêtue que de son cache-sexe. » Il explique ensuite comment il l'a « jetée sur le banc de travail » où « elle était si excitée qu'elle m'a pris par les gosses et moi je me dis "c'est tout à fait extra!" La discussion a continué pendant quelques minutes de plus durant lesquelles l'animateur a répété son histoire de comment il a mis la femme sur le banc de travail et il « l'avait donné » à la femme. 

Dans une autre situation semblable, notamment CFNY-FM concernant The Show with Dean Blundell (Décision du CCNR 01/02-0267, rendue le 7 juin 2002), une discussion au sujet de la fellation; une mention, faite en blague, au sujet d'un des animateurs faisant l'amour avec sa mère; et d'autres conversations détaillées sur la vie sexuelle des animateurs et de diverses vedettes ont été jugées trop sexuellement explicites étant donné le créneau matinal de l'émission mise en cause. On trouvera d'autres exemples de commentaires à caractère sexuel qui ont dépassé la limite dans CIRK-FM concernant l'émission matinale de K-Rock (Décision du CCNR 01/02-0713 et -1113, rendue le 5 février 2003), CIKI-FM concernant une blague dans le cadre de Tout le monde debout (Décision du CCNR 02/03-0358, rendue le 17 juillet 2003), CHMJ-AM concernant l'émission de Tom Leykis (Saint-Valentin) (Décision du CCNR 02/03-0673, rendue le 22 juillet 2003), CKVX-FM concernant des commentaires faits dans le cadre du Pepper and Crash Show (Décision du CCNR 02/03-0237, rendue le 22 juillet 2003), CHOI-FM concernant Le monde parallèle de Jeff Fillion (Commentaires de nature sexuelle) (Décision du CCNR 03/04-0018, rendue le 22 avril 2004) et CKOI-FM concernant des commentaires faits dans le cadre de l'émission Y'é trop d'bonne heure (Décision du CCNR 04/05-0891, rendue le 9 septembre 2005). 

Dans la présente affaire, le Comité estime qu'il y avait plusieurs exemples de commentaires indûment sexuellement explicites étant donné qu'il s'agissait d'un moment de la journée où l'on pouvait s'attendre que les enfants soient à l'écoute. Il était, de plus, tout à fait évident qu'un enfant était effectivement à l'écoute lorsque l'animateur s'est entretenu avec Émilie, laquelle a bien déclaré qu'elle avait 11 ans. Les mentions suivantes, prises individuellement ou collectivement, dépassent les limites de l'acceptable pour une émission diffusée à ce moment-là de la journée : « fourrer une femme », « fourrer d'autres filles » (bien qu'il s'agisse d'un commentaire de la part d'un interlocuteur, le radiodiffuseur en est néanmoins responsable), « fourrer ses filles », « je me suis fait sucer, j'ai mangé le clitoris d'une femme », « le petit [.] vagin va se mettre à lubrifier », la longue description détaillée qu'a donnée l'interlocuteur Alexandre sur sa première expérience des rapports sexuels, même le dialogue avec Émilie au sujet des activités sexuelles de ses parents, et la description faite par l'interlocuteur Claude d'avoir « tripoté [.] des filles ». Par conséquent, l'émission mise en cause enfreint également l'alinéa 9 b) du Code de déontologie de l'ACR. 

 

Le langage grossier 

La question du langage emprunté par l'animateur est plutôt encore plus claire que les violations citées plus haut. L'emploi du terme anglais « fucking », du verbe français « fourrer » et de l'expression insultante « plein de marde » dont nous discutons ci-haut dans un autre contexte sont tous des exemples de langage indûment grossier ou injurieux tel qu'envisagé par l'alinéa 9 c) du Code de déontologie de l'ACR. En ce qui concerne le « mot F » en anglais, le Comité se reporte à sa conclusion concernant l'emploi de ce terme dans deux décisions qu'il a rendues dans le passé, d'abord concernant ce même animateur dans CKAC-AM concernant un épisode de Doc Mailloux (trisomie 21) (Décision du CCNR 05/06-0642, rendue le 3 février 2006) et ensuite dans CJMF-FM concernant des commentaires faits dans le cadre d'un épisode de Le trio de l'enfer (Décision du CCNR 04/05-0761, rendue le 24 octobre 2005). Le Comité estime que l'emploi de chacun des mots ou expressions signalés dans le présent paragraphe va au-delà de ce qui est permis à un moment de la journée où l'on peut s'attendre que les enfants soient à l'écoute - et ils l'étaient effectivement - enfreint l'alinéa 9 c) du Code de déontologie de l'ACR. 

 

La réceptivité du radiodiffuseur 

Tous les comités du CCNR ont pour pratique d'évaluer la mesure dans laquelle le diffuseur s'est montré réceptif envers le plaignant. Bien entendu, le diffuseur n'est pas obligé d'être d'accord avec le plaignant, toutefois on s'attend à ce que les représentants du diffuseur qui sont chargés de répondre aux plaintes traitent des préoccupations du plaignant de façon approfondie et respectueuse. Dans le cas qui nous occupe, le Comité est d'avis que la réponse qu'a faite le Directeur des Ressources humaines et des Affaires corporatives au plaignant frôlait l'acceptable. La conclusion déclarée dans le seul paragraphe qui fait même mention de l'animateur se termine en déclarant que les commentaires du docteur Mailloux ne révèlent aucune hostilité ou incitation à la haine - commentaires qui seraient pertinents dans le cas d'une plainte se rapportant aux dispositions sur les droits de la personne du Code de déontologie de l'ACR - un aspect que le CCNR a traité dans le passé en ce qui concerne les propos de l'animateur à ces occasions-là. Ils n'ont aucun rapport avec l'affaire à l'étude et laissent deviner l'emploi de formules passe-partout dans ce dossier. Bien que le Comité soit préoccupé par ce manque d'attention envers les questions soulevées par le plaignant et la teneur de l'émission même, il ne constate aucune infraction à l'obligation du diffuseur de se montrer réceptif à cette occasion-ci. Le Comité ose croire qu'à l'avenir ce radiodiffuseur formulera des réponses qui reflètent plus fidèlement ses obligations en tant que membre du CCNR. 

 

l'annonce de la dÉcision 

CKAC-AM est tenue : 1) d'annoncer la présente décision selon les conditions suivantes : une fois pendant les heures de grande écoute dans un délai de trois jours suivant la publication de la présente décision et une autre fois dans les sept jours suivant la publication de la présente décision dans le créneau dans lequel elle diffuse Doc Mailloux; 2) de fournir, dans les quatorze jours suivant les diffusions des deux annonces, une confirmation écrite de cette diffusion au plaignant qui a présenté la Demande de décision; et 3) d'envoyer au même moment au CCNR copie de cette confirmation accompagnée de la bande-témoin attestant les diffusions des deux annonces. 

Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision a jugé que CKAC a enfreint le Code de déontologie de l'Association canadienne des radiodiffuseurs pour avoir diffusé, l'après-midi du 24 janvier 2006, un épisode de son émission Doc Mailloux. Dans cet épisode, CKAC a diffusé une insulte méchante, excessive et péjorative à l'endroit de l'acteur Bruce Willis, laquelle était fondée sur des commentaires anodins qu'il avait faits au sujet des garçons adolescents en tant que père de deux filles. La station a donc enfreint l'article 6 du Code de déontologie de l'ACR, lequel interdit la diffusion de commentaires ou d'opinions injustes ou inappropriés. Pour avoir diffusé des commentaires explicites au sujet d'actes sexuels, CKAC a enfreint l'alinéa 9b) du Code de déontologie de l'ACR, lequel interdit la diffusion de contenu indûment sexuellement explicite aux moments de la journée où l'on peut s'attendre que les enfants écoutent la radio. Pour avoir diffusé du langage grossier et injurieux pendant cet épisode, CKAC a également enfreint les dispositions de l'alinéa 9c) du Code de déontologie de l'ACR, lequel interdit la diffusion de ce genre de langage à ces moments-là de la journée. 

 

La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.