LES FAITS
Le Jerry Springer Show est diffusé sur le marché canadien et est présenté sur les ondes télévisées à différentes heures et dans différentes villes à travers le pays. Dans les marchés affectés par la présente décision, l'émission a été diffusée à Halifax/Dartmouth par CIHF-TV à 14 h, et à Montréal par CKMI-TV, à 17 h.
Les cinq épisodes visionnés par le Conseil régional de l'Atlantique et le Conseil régional du Québec sont suffisamment similaires dans leur structure pour permettre des observations généralisées sur l'émission. Les deux Conseils considèrent que l'émission traite essentiellement de relations comportant un problème personnel et met laccent sur les aspects bizarres de ces relations. Par ailleurs, le terme « relation » est utilisé de façon extrêmement libre puisque, généralement parlant, ce terme désigne dans le cadre de cette émission des relations sexuelles et la révélation publique de questions telles linfidélité, les relations à trois et autres comportements qui ne sont généralement pas acceptés par lensemble de la population. Plus précisément, dans les épisodes en question, les sujets abordés étaient de nature sexuelle, comme des adultes ayant des relations sexuelles avec les enfants de leur partenaire, les trahisons, des secrets troublants et la prostitution. Ces problèmes invoquent des sentiments souvent intenses de jalousie, de haine, d'amertume et de méchanceté. Les titres mêmes des émissions révélaient lorientation du contenu : « Im Sleeping with My 13-Year-Olds Ex » [Je couche avec lancien ami de mon ado de 13 ans], « I Hate Your Lover! » [Je déteste ton amant], « Clash of the Angry Lovers » [Confrontation entre amants en colère] et « Bizarre Betrayals » [Trahisons bizarres].
Les épisodes ont été diffusés en Nouvelle-Écosse les 3, 4 et 5 août 1998 et à Montréal le 29 janvier et le 5 mars 1999.
Il serait inutile de décrire en long et en large le contenu des cinq épisodes examinés par le Conseil. Mais à titre dexemple des é pisodes diffusés en Nouvelle-Écosse, lémission du 3 août, intitulée « Im Sleeping with My 13-Year-Olds Ex » [Je couche avec lancien ami de mon ado de 13 ans], comprenait les disputes habituelles et, dans les segments promotionnels de lémission présentés pendant les deux premières pauses commerciales, laccent était mis sur les escarmouches à venir à lémission. Lémission du lendemain, « I Hate Your Lover! » [Je déteste ton amant], a débuté avec de sérieux accrochages physiques avant même que lanimateur ne prenne la parole. La diffusion québécoise du 29 janvier, intitulée « Clash of the Angry Lovers » [Confrontation entre amants en colère], était scindée en trois segments différents qui comprenaient chacun ses propres invités. Chaque segment présentait un individu qui venait à lémission afin de dévoiler son infidélité et était caractérisé par les bagarres physiques et le langage vulgaire dont il est fait mention plus haut. Le second segment incluait également des scènes de nudité et une certaine activité sexuelle entre deux femmes, qui ont enlevé leur chemisier tout en sembrassant et en se caressant. La nudité fut voilée et les grossièretés furent couvertes d'un bip-bip.
Il en résulte que dans chacun des épisodes, et même dans chacun des segments contenus dans les épisodes, des insultes verbales, des blasphèmes et des obscénités ont été proférés, des coups de pied et de poing ont été donnés et des accrochages, de la lutte et d'autres formes de bagarres entre invités ont eu lieu. Les bagarres sont arrêtées par les videurs de Springer, mais seulement une fois que les invité s se sont lancés dans la mêlée. En d'autres termes, les invités ne sont donc pas obligés par ces mêmes individus de rester assis sur leur chaise avant de se mettre de la partie.
Finalement, il faut noter que la mise en garde suivante a été présentée au début de chacun des épisodes visionnés :
[traduction] Lémission Jerry Springer peut contenir des thèmes et un langage convenant à un auditoire adulte, ainsi que de la violence. Les parents sont prévenus que cette émission peut ne pas convenir aux enfants.
Chaque épisode présentait également la cote « 14+ », conformément au Système canadien de classification.
Une décision commune
Les Conseils régionaux de l'Atlantique et du Québec se retrouvent dans une situation semblable à celle quont connue les Conseil régionaux du Québec et de l'Ontario dans la décision relative au Howard Stern Show diffusé sur les ondes de CHOM-FM et CILQ-FM (Décision du CCNR 97/98-0001+ et 0015+, les 17 et 18 octobre 1997). À cette occasion, les deux conseils s'étaient rencontrés respectivement à Montréal (le 17 octobre 1997) et à Toronto (le 18 octobre 1997) mais ont conclu que leurs décisions devaient être fusionnées et publiées dans un seul document. Ils ont dit :
Bien que certains éléments du débat des deux conseils régionaux aient différé quelque peu, leurs conclusions concernant les questions essentielles étaient les mêmes et, en somme, le texte de cette décision a été examiné et accepté par les deux conseils régionaux. Les Conseils régionaux du Québec et de l'Ontario ont convenu que chacun pouvait souscrire pleinement aux raisons et aux conclusions du texte de cette décision et que la dé cision devait donc être publiée conjointement par les conseils régionaux du Québec et de l'Ontario.
C'est également le cas ici.
La plainte de l'Atlantique
Le 6 août 1998, un auditeur de Nouvelle-Écosse a envoyé la lettre qui suit au CCNR :
[traduction] Le Jerry Springer Show couvre la pleine gamme des deux codes les plus importants
1) Violence à la télévision
2) Représentation des hommes et des femmes
3) Langage (même s'il est couvert d'un bip sonore) qui ne convient pas à une diffusion à 14 h quand les enfants sont à la maison.
4) Il envoie le mauvais message à nos enfants et dépeint des traits de caractère violents qui sont retenus par les jeunes.
5) L'émission est raciste du fait qu'elle dépeint les Blancs et les Noirs d'une manière malséante pour les deux races.
Pour clarifier votre réponse, chaque émission diffusée à 14 h contient au moins trois des caractéristiques mentionnées ci-haut, si ce n'est toutes.
Par conséquent, je suggère que vous visionniez toutes les émissions diffusées du 20 au 24 juillet, du 27 au 31 juillet et du 3 au 5 août.
Vous demandez dabord pourquoi je regarde ces émissions et ma réponse est que je m'attendais à recevoir la réponse que j'ai reçue du CCNR et savais que je ferais mieux de regarder cette émission sur une base régulière étant donné que je savais que vous essayeriez de faire disparaître le complaisant.
Je ne me préoccupe pas de l'émission, d'autant plus qu'elle n'est même pas canadienne. Mais je me préoccupe beaucoup de la té lévision ordurière présentée à 14 h. Le problème est la case-horaire. Cette émission appartient aux cases-horaire situ ées après 22 h.
Je m'attends à ce que quelque chose soit fait et si vous êtes incompétent alors dites-moi, s'il vous plaît, quel est l'autre niveau de plainte à suivre pour se débarrasser de cette émission dans la case-horaire quelle occupe.
Jusqu'à aujourd'hui personne ne m'a contacté de la télévision Global et je ne serai, d'aucune façon, soumise à un autre sermon du personnel de Global.
Tout ce que je vous demande est que vous fassiez votre travail et protégiez les auditeurs. Si vous ne pouvez le faire, alors je chercherai une alternative pour résoudre ce problème.
La réponse du télédiffuseur de Nouvelle-Écosse
Le directeur de la programmation et de la promotion de Global Television a répondu à la plainte le 21 septembre :
[traduction] Nous avons reçu votre lettre concernant le Jerry Springer Show qui nous a été acheminée par le CCNR, le 8 septembre 1998, au sujet d'épisodes diffusés les 3, 4 et 5 août 1998.
Laissez-moi dabord vous remercier de nous avoir fait parvenir vos commentaires sur notre programmation. Nos auditeurs nous sont très importants et nous apprécions votre feed-back.
Selon la Loi sur la radiodiffusion, les télédiffuseurs sont tenus de fournir un éventail d'émissions de variété et d'information « pour hommes, femmes et enfants de tout âge, intérêt et goût. » Étant donné que la programmation télévisée doit être diverse et dirigée vers un auditoire très varié, une émission qu'un téléspectateur peut trouver intéressante ou excitante peut mener un autre à changer de chaîne. Chaque téléspectateur a sa propre interprétation des choses, basée sur son expérience personnelle, ses origines et ses valeurs.
Nous nous assurons, avec toute notre programmation, que les téléspectateurs soient mis au courant du contenu démissions qui pourraient ne pas convenir à tous. En reconnaissant nos responsabilités d'aviser les téléspectateurs du contenu de cette émission, nous diffusons des mises en garde aux t éléspectateurs au début de chaque émission.
Ce faisant, les téléspectateurs sont prévenus de la nature de l'émission et peuvent faire des choix informés sur ce qu'ils vont regarder. Dans le cas de Jerry Springer, nous insérons une cote 14 + conformément au système de classification canadien au début de chaque épisode.
En réponse aux inquiétudes que vous avez exprimées et en considérant ce qui a été mentionné ci-haut, nous avons revu ces émissions en tenant compte du Code dapplication volontaire concernant la violence à la télévision de l'ACR, avant l'émission et après réception de votre lettre de plainte. En ce qui concerne le contenu, le Code exige que les télédiffuseurs ne diffusent pas d'émissions « qui renferment des scènes de violence gratuite, sous quelque forme que ce soit; endossent, encouragent ou glorifient la violence. La violence gratuite est plus loin définie comme du matériel qui n'est pas inhérent au déroulement de l'intrigue, à l'évolution des personnages ou au développement du thème de l'émission dans son ensemble. »
Le Code mentionne également que « la colère, la peur, la tension, le drame, l'excitation et les abus verbaux ne sont pas considérés comme violents...». Après avoir revu ces épisodes en tenant compte des dispositions du Code, nous ne considérons pas que les épisodes auxquels vous faites allusion endossent, encouragent ou glorifient la violence.
Vous avez également émis des inquiétudes concernant la représentation des hommes et des femmes durant ces émissions. Selon lArticle 4 du Code d'application concernant les stéréotypes sexuels à la radio et à la télévision, « il faut s'abstenir d'exploiter les hommes, les femmes ou les enfants dans le cadre des émissions de radio et de télévision et é viter toute observation péjorative ou dénigrante concernant leur place ou leur rôle dans la société. »
Après avoir revu les épisodes dont il est question, nous ne croyons pas que The Jerry Springer Show ait enfreint ces dispositions. Les hommes et les femmes qui apparaissent à cette émission le font volontairement et on donne aux uns comme aux autres loccasion de partager leurs histoires et leurs opinions et de se dépeindre comme ils lentendent.
En ce qui concerne l'horaire de diffusion de The Jerry Springer Show, nous pensons que les enfants qui font partie de notre auditoire à cette heure-là sont à un âge (pré- maternelle) où leurs choix d'émissions télévisées sont déterminés et effectués par un parent, une gardienne ou une personne qui en prend soin.
En tant que télédiffuseur responsable, nous diffusons, tel que mentionné précédemment, des mises en garde à nos téléspectateurs avant les émissions pour nous assurer qu'ils soient informés du contenu de cette émission.
Vous avez également exprimé des inquiétudes concernant le racisme et la représentation des Caucasiens et Afro-Américains dans cette émission. Le racisme, par définition, est « la croyance à la supériorité d'une race particulière; lantagonisme à lendroit des membres d'une race différente en vertu de cette théorie ». Nous ne croyons pas que les émissions auxquelles vous faites référence contiennent une quelconque forme de racisme.
Bien que votre lettre contenait un certain nombre de commentaires adressés spécifiquement au CCNR, nous sommes confiants que ces derniers seront adressés par le CCNR.
Nous apprécions vos commentaires et votre lettre, et espérons que notre réponse aidera à soulager vos inquiétudes concernant cette émission.
Les lettres de plaintes concernant la diffusion à Montréal
Le 5 janvier 1999, une auditrice a envoyé la lettre qui suit au Secrétaire général du CRTC, sans toutefois identifier un épisode particulier du Jerry Springer Show. Suivant le processus normal, la lettre a été acheminée au CCNR pour examen dans le cadre du processus autoréglementaire du télédiffuseur privé. Cette lettre mentionnait :
Jai à quelques occasions regardé quelques extraits de lémission Jerry Springer et je suis stupéfaite de voir quune telle émission est diffusée à 5h00 de laprès-midi, à une heure de grande écoute et à une heure où les enfants sont souvent seuls à la maison sans aucune supervision.
Je trouve que cette émission est vulgaire, pleine de sensationnalisme, dégradante pour la personne humaine. Cette émission ne répond à aucun critère de qualité (language obscène et irrespectueux, jurons, batailles...) Quelles valeurs voulons-nous inculquer à nos jeunes, le mensonge, la tromperie, le manque de responsabilité, régler nos conflits avec nos poings...???
Jenseigne à des élèves qui ont 11, 12 et 13 ans. Plusieurs de mes élèves me parlaient de cette émission quils trouvent "super cool" parce-que les gens se battent en pleine télévision et que les histoires sont comiques. J ai donc pris le temps de vérifier leurs dires et jen ai été scandalisée.
Je peux choisir les émissions de télévision qui me conviennent. Je suis une adulte responsable, donc, jexerce ce droit. Mais, les enfants nont pas la maturité et le jugement nécessaire pour faire la part des choses devant un tel spectacle dégradant.
Que cette émission soit diffusée en fin de soirée, je nai rien contre ça, mais, comme je lai dit plus haut, quelle le soit à une heure de grande écoute, quand la plupart des enfants sont seuls à la maison et écoutant la télé, je trouve que cest irresponsable de la part du diffuseur. Jen ai dailleurs parlé à plusieurs parents qui nétaient pas du tout au courant que leurs enfants écoutaient une telle émission.
Je mattends à ce que le CRTC joue un rôle de surveillance et de "bon père de famille" afin de protéger nos enfants dune émission de télé aussi vulgaire.
Quand, par la suite, le Secrétariat du CCNR a demandé un exemple spécifique d'un é pisode de Springer qui illustrerait ses préoccupations, la plaignante a fait référence, dans sa lettre du 1er février, à l'émission du 29 janvier.
Un deuxième auditeur a envoyé au CCNR, le 7 mars, le courriel suivant, enregistrant sa plainte sur l'émission Springer du 5 mars.
[traduction] Le vendredi 5 mars 1999, entre 17 h 30 et 18 h, les incidents suivants sont survenus à l'émission Jerry Springer sur la chaîne télévisée Global CKMI Montréal. L'émission s'intitulait « Trahisons bizarres ».
Une invitée s'est tournée vers la caméra et a exposé son dos en soulevant sa robe au-dessus de sa poitrine. L'image était voilée mais il était évident qu'elle s'exposait.
Il était sans arrêt question de sexe.
Une grande partie des conversations était constamment effacée quand les gens juraient.
Le mot « bitch » était utilisé régulièrement; il ne faisait pas référence à des chiens femelles mais aux participants à la conversation.
Une femme est arrivée et son haut a été enlevé par une autre femme devant la caméra. C'était une tentative délibérée d'exposer sa poitrine devant lauditoire. L'image était encore une fois voilée, mais il était évident que la femme ne portait pas de soutien-gorge.
Deux femmes ont commencé à s'embrasser et à se caresser, puis elles se sont couchées l'une sur l'autre sur le sol et ont continué à se caresser fortement; la caméra était positionnée de façon à filmer le dos de la femme du dessus, lequel était nu (encore une fois voilé).
Un homme s'est approché d'une femme et lui a montré ses parties génitales d'une manière agressive, suggérant qu'elle avait besoin de lui (les parties génitales étaient voilées).
Parler de l'utilisation d'un vibrateur pour des usages sexuels serait mieux que d'avoir des relations sexuelles avec lui.
Nous avons assisté à une rupture entre un travesti et un homosexuel.
Le travesti était habillé en femme.
Un troisième homme est arrivé, ce qui a provoqué une bagarre physique au cours de laquelle des coups de pied et des coups de poing ont é té échangés.
Les hommes impliqués ne cessaient de s'appeler « bitch », ce qui ne fut pas censuré. D'autres termes furent censurés par des bip sonores.
Des questions venant de l'auditoire, vers la fin de l'émission, comprenaient des commentaires comme : « Bitch, demande à ta mère » et « tu ne sais même pas qui est ta mère ».
Je formule une plainte formelle et vous avez maintenant une émission spécifique à documenter. J'ai lu vos indications concernant les plaintes et je crois que cette émission a violé plusieurs codes. Ce nest pas à moi de juger des habitudes de la population en ce qui concerne leurs choix d'émissions télévisées. Je suis pour la liberté de parole et pour le droit de regarder ce que l'on veut. Ma principale préoccupation est plutôt l'heure de diffusion de l'émission. La plupart des parents peuvent guider leurs enfants et les empêcher de regarder cette émission. Malheureusement, quand un enfant est privé de quelque chose, il peut trouver linterdit attirant et pourrait trouver un moyen de lobtenir quand même. J'ai parlé à des parents qui affrontent leurs enfants chaque soir au sujet de l'émission. Je sais aussi que certains parents ne voient aucun tort à laisser leurs enfants regarder l'émission. Pendant l'émission, il est mentionné que la direction des parents est conseillée, ce qui signifie qu'elle ne convient pas aux enfants. Alors, pourquoi est-elle diffusée à cette heure-là ?
La réponse du télédiffuseur de Montréal
Le 3 mars, le directeur de la programmation et des promotions a répondu à la première plaignante dans les termes suivants :
Nous accusons réception de votre lettre datée du 5 janvier adressée au CRTC et concernant lémission Jerry Springer.
Selon la Loi sur la radiodiffusion, les télédiffuseurs doivent procurer à leur téléspectateurs une programmation informative et divertissante très variée sadressant « aux hommes, femmes et enfants de tous âges, inté rêts et goûts.» De par le fait que la programmation télévisuelle se doit dêtre si diversifiée et orientée vers un auditoire si varié, ce quun téléspectateur peut considérer comme une émission intéressante ou excitante peut entraîner un autre à changer de poste. Global Television respecte les choix personnels et reconnait que chaque téléspectateur fournit sa propre interpré tation basée sur son expérience personnelle, ses antécédents et ses valeurs.
Pour notre entière programmation, nous nous assurons que nos téléspectateurs soit mis au courant du fait que le contenu dune émission peut ne pas plaire à tout le monde. En reconnaissance de notre responsabilité daviser nos téléspectateurs du contenu de lémission Jerry Springer, nous diffusons un message de précaution avant et durant la diffusion de chaque émission. En faisant ceci, les téléspectateurs sont mis au courant de la nature de lémission avant quil ne soit en ondes et déterminent de leur propre vouloir sils veulent ou non regarder lémission.
Global Television fait régulièrement la revue de la performance de ses émissions. Les téléspectateurs peuvent sassurer que leurs inquiétudes, telles que celles énoncées dans votre lettre, sont et continueront dêtre un facteur important dans nos décisions de choix de programmation.
La plaignante fut insatisfaite de la réponse du télédiffuseur et a demandé, le 11 mars, que le CCNR soumette le dossier au Conseil régional approprié pour examen. Avec sa demande, la plaignante a joint une seconde note qui expliquait plus précisément son point de vue.
La directrice des affaires réglementaires de Global a répondu au deuxième plaignant le 4 juin, par courriel, de la façon suivante :
[traduction] Veuillez, s'il vous plaît, accepter nos sincères excuses pour n'avoir pas répondu plus tôt à vos lettres de plainte qui ont été acheminées à Global Television par le CCNR. Malheureusement, nous avons eu des problèmes de communication et nous sommes aperçus récemment que notre réponse ne vous avait pas été envoyée. Nous sommes extrêmement désolés de cet état de faits et nous avons rectifié ce problème afin quil ne se produise plus.
Dans votre lettre, vous avez exprimé des inquiétudes concernant le contenu de cette émission ainsi que son horaire. Laissez-moi commencer par dire qu'en tant que télédiffuseur responsable, nous sommes sensibles à nos téléspectateurs et nous sommes désolés que le contenu et l'horaire de diffusion de cette émission vous aient offensé. Je vous assure qu'il n'est pas de l'intention de Global Television ni du producteur d'agir ainsi.
Cependant, selon la Loi sur la radiodiffusion, les télédiffuseurs sont tenus de fournir un éventail d'émissions de variété et d'information « pour hommes, femmes et enfants de tout âge, intérêt et goût. » La programmation télévisée doit être diverse et dirigée vers un auditoire très varié; une émission qu'un téléspectateur peut trouver intéressante ou excitante peut conduire un autre à changer de chaîne.
Nous nous assurons, avec toute notre programmation, que les téléspectateurs soient au courant du contenu des émissions qui pourrait ne pas convenir à tous, ou qui pourrait ne pas plaire à tous. En reconnaissant nos responsabilités d'aviser les téléspectateurs du contenu de cette émission, nous diffusons des mises en garde aux téléspectateurs au début de chaque émission. En agissant ainsi, les téléspectateurs sont prévenus de la nature de l'émission avant que celle-ci ne soit diffusée, et les parents peuvent décider si elle est appropriée pour leurs enfants ou non. Vos commentaires et vos pré occupations sont très appréciés. En communiquant directement avec nos téléspectateurs, nous pouvons prendre en considération leurs commentaires quand vient le temps de revoir notre programmation. C'est ce que nous faisons régulièrement et nous sommes actuellement à revoir notre programmation complète pour notre horaire d'automne. Comme vous le savez probablement déjà, le Jerry Springer Show a été déplacé à 14 h à compter du 12 avril.
Finalement, nous estimons que les producteurs de l'émission devraient être informés de l'opinion de nos téléspectateurs les derniers utilisateurs de l'émission qu'ils créent. Nous leur ferons donc parvenir une copie de votre lettre et de notre réponse.
Le plaignant a répondu au télédiffuseur le 18 juin, indiquant qu'il demeurait insatisfait de la réponse du diffuseur et quil demandait une décision dun Conseil régional du CCNR.
LA DÉCISION
Les Conseil régionaux de l'Atlantique et du Québec du CCNR ont examiné la plainte à la lumière du Code d'application volontaire concernant la violence à la télévision de lAssociation canadienne des radiodiffuseurs (ACR). Les dispositions pertinentes des codes se lisent comme suit :
Code concernant la violence à la télévision , Article 1 (Contenu)
1.0 Contenu
1.1 Les télédiffuseurs canadiens ne doivent pas diffuser d'émissions qui :
renferment des scènes de violence gratuite*, sous quelque forme que ce soit;
endossent, encouragent ou glorifient la violence.
(*Gratuit s'entend de ce qui n'est pas inhérent au déroulement de l'intrigue, à l'évolution des personnages ou au développement du thème de l'émission dans son ensemble.)
Code concernant la violence à la télévision, Article 3 (Horaire des émissions)
3.1 Programmation
3.1.1Les émissions comportant des scènes violentes et destinées à un auditoire adulte ne doivent pas être diffusées avant le début de la plage des heures tardives de la soirée, plage comprise entre 21h et 6h.
3.1.2Compte tenu du fait que des enfants plus âgés regardent la télévision après 21h, les télédiffuseurs conviennent de respecter les dispositions du paragraphe 5.1 ci-dessous (mises en garde à l'auditoire) pour permettre aux parents de prendre une décision é clairée sur les émissions qui conviennent aux membres de leur famille.
3.1.3 Pour offrir aux téléspectateurs la possibilité de s'en référer au système canadien de classification des émissions et aux mises en garde à l'auditoire qui, autrement, ne seraient pas présentés par les signaux étrangers, les télédiffuseurs qui détiennent des droits de substitution autorisés par le CRTC pour les émissions importées avant le début de la plage des heures tardives peuvent avoir recours à la substitution de signaux, malgré les dispositions de l'alinéa 3.1.1.
3.1.4 Les télédiffuseurs doivent exercer leur jugement quant au recours à la substitution de signaux conformément à l'alinéa 3.1.3 et ne doivent en aucun cas recourir à la substitution de signaux qui contiennent des scènes de violence gratuite, sous quelque forme que ce soit, ou qui endossent, encouragent ou glorifient la violence.
3.1.5 Les télédiffuseurs doivent prendre un soin particulier pour informer les téléspectateurs du contenu des é missions à l'intention des auditoires adultes présentés avant 21h, conformément à l'alinéa 3.1.3.
(Nota: Pour tenir compte de la diversité des fuseaux horaires et de l'importation de signaux étrangers, les présentes directives s'appliquent au fuseau horaire d'où provient le signal.)
3.2Matériel promotionnel de nature violente à l'intention d'auditoires adultes ne doit pas être diffusé avant 21h.
3.3 Les publicités de nature violente à l'intention d'auditoires adultes, telles les séquences - annonces de films présentés dans les salles de cinéma, ne doivent pas être diffusées avant 21h.
Les membres des Conseils régionaux ont visionné les bandes témoin des émissions en question et ont revu lensemble de la correspondance afférente. Les Conseils estiment que lémission en question contrevient à la norme enchâssée dans lArticle 1 du Code d'application volontaire concernant la violence à la télévision.
Le contenu de l'émission
Bien qu'il ne soit pas essentiel aux conclusions de l'un ou l'autre des Conseils régionaux de savoir si l'émission Springer savè re ou non une mise en scène, la question est souvent posée par des gens qui ne peuvent pas croire les manigances qui y ont lieu. Chose intéressante, Springer a choisi de « mettre les pendules à l'heure » à la fin de son émission du 5 août, dans les termes suivants :
You know, we're not a soap opera or a sitcom. As the story line ends, we can't put our characters to rest. No, this is a talk show. For better or worse, it's real life and life goes on, even after the show. ... How often we wonder, where do these people come from? Who could make this up? They come from our neighbourhoods, our homes. They are us and nobody makes this up. ... Where do we find these people? Everywhere. They are us.
Quoi qu'il en soit, qu'il s'agisse d'une mise en scène ou non, ce qui intéresse le Conseil est ce qui apparaît à l'écran et la pré sentation est effectivement très similaire dune fois à lautre. Les situations dans lesquelles se trouvent les invités de l'émission, du moins dans les émissions qui ont fait l'objet de plaintes, tournent autour de relations sexuelles bizarres, voire même d'inconvenances selon les normes de la société. Cependant, ces situations ne sont jamais visuellement explicites, c'est-à- dire que la nudité présentée, comme l'a mentionné un des plaignants, est toujours « voilée ». Certains aspects de l'émission sont, par conséquent, suggestifs mais, de l'avis des Conseils, cela ne va pas plus loin. Ce qui ne signifie pas pour autant que les Conseils approuvent le contenu des émissions ou considèrent celles-ci appropriées pour de jeunes personnes mais seulement que, rè gle générale, le sujet traité ne touche aucun des codes privés de la radiotélédiffusion. En effet, si les Conseils sont troublés par le sujet, cest surtout en raison du fait que la diffusion de comportements aussi aberrants, comportements qui caractérisent généralement l'émission, a pour effet de désensibiliser les auditeurs (de tout âge) au manquement à un comportement social normal. Mais, tout regrettable que cela puisse ê tre, cet effet de désensibilisation ne constitue pas un manquement en soi à aucun code.
Bien que le sujet lui-même n'ait pas enfreint des articles des codes, la réponse aux situations conflictuelles constitue par contre une infraction. Sil existe une réaction constante aux situations qui surgissent dun épisode à lautre, elle se trouve dans le mode de résolution aux conflits tripartites, nommément la bagarre. Dans la section portant sur les émissions pour enfants du Code concernant la violence, il est stipulé que :
Les émissions pour enfants ne doivent pas renfermer de scènes de violence réalistes, qui donnent l'impression que la violence est le moyen par excellence ou le seul moyen de régler les conflits.
Bien que le Jerry Springer Show ne soit évidemment pas « une émission pour enfants », les Conseils trouvent regrettable qu'une émission qui manque de façon aussi flagrante à ce principe du Code concernant la violence soit diffusée à une heure de la journée où lon peut s'attendre à ce que les enfants la regardent. Ceci étant dit, les Conseils reconnaissent volontiers que leur « regret » à ce niveau n'équivaut pas à une infraction en règle. Ni peut-on dire que les dispositions traitant de lhoraire des émissions du Code dapplication volontaire concernant la violence à la télévision de lACR exige que lémission Springer soit présentée dans une autre case-horaire. La violence incluse dans lémission nest pas, selon les Conseils, « destinée à des auditoires adultes » et, conséquemment, nimpose pas la présentation de lémission dans la plage des heures tardives. Cest plutôt un autre aspect de cette violence qui est explicité dans le prochain paragraphe qui savère être le problème en termes de principes canadiens sur le sujet et créés par les radiotélédiffuseurs privés, suite à de longues consultations auprès des segments intéressés du public et approuvés par le CRTC en 1993.
Ce qui compte, de fait, est le traitement réservé à la violence par lémission Springer. Dans chacun des épisodes visionnés dans le cadre de cette décision, il est parfaitement évident que la réaction violente des invités est anticipée par l'animateur, approuvée, encouragée et même promue par l'animateur et son auditoire. S'il en était autrement, les videurs préviendraient les incidents. Or ils ne préviennent rien et on ne les encourage pas non plus le faire. Le dialogue entre l'animateur et les invités est destiné à monter les praticiens d'arts sociaux étranges jusqu'à ce quils aient atteint leur point limite afin quils se prennent par la gorge ou par d'autres parties du corps plus accessibles. L'importance de cette valorisation et de cette promotion de la violence est parfaitement mise en évidence par les annonces de l'émission pour des épisodes à venir et qui sont présentées pendant l'émission; elles sont remplies, non pas d'humour ou de dialogues, mais de scènes de bagarres. C'est, après tout, cette confrontation physique et cette violence qui, selon le New York Times, a [traduction] « propulsé très hauts les cotes Neilsen et les revenus publicitaires ». Dans le contexte canadien, cependant, le Code concernant la violence est sans équivoque :
Les télédiffuseurs canadiens ne doivent pas diffuser d'émissions qui [...] endossent, encouragent ou glorifient la violence.
Le texte du Code concernant la violence est clair. Ses principes premiers, énoncés dès lArticle 1, stipulent quil ny a aucune place au sein de la télévision canadienne ni pour la violence gratuite ni pour la glorification ou la promotion de la violence. Bien que lon confère aux deux une valeur égale, la première restriction est mieux connue; cela nenlève pourtant rien à la seconde. Les radiotélédiffuseurs ont choisi, en 1993, de moins mettre laccent sur la violence, afin dassurer quon ne la perçoive pas comme étant une composante accessoire de la programmation télévisuelle privée canadienne, mais aussi afin quon ne la présente pas comme étant une valeur sur laquelle on mettrait laccent ou dont on ferait la promotion. La violence lorsque nécessaire, mais pas nécessairement de violence. Puisque le même principe na pas été accepté par lensemble des radiotélédiffuseurs américains, les radiotélédiffuseurs canadiens doivent être particulièrement vigilants lorsquil sagit dé missions importées (cest dailleurs la source principale de ce genre de problèmes). En outre, il ne faut pas oublier que ces principes sappliquent à la programmation à tout moment du jour et de la nuit. Bien que le CCNR ait considéré, à plusieurs reprises, la question de la violence gratuite, c'est la première fois qu'il est appelé à déterminer si un diffuseur a endossé, encouragé ou glorifié la violence. Tel qu'expliqué précédemment, les Conseils n'hésitent pas à conclure que cest exactement ce qua fait le Jerry Springer Show. De ce fait, l'émission a manqué de façon flagrante au Code concernant la violence.
Infractions récurrentes
Le CCNR a deux fois été appelé à évaluer, à la lumière des codes privés de radiot élédiffusion, une série en raison de formules ou de contenus récurrents. Dans le cas de CIII-TV au sujet de Mighty Morphin Power Rangers (Décision du CCNR 93/94-0270 et 0277, le 24 octobre 1994), les deux semaines d'émissions revues ont démontré un type d'approche et une attitude que l'on peut s'attendre à voir dans l'émission de façon régulière. Dans ce cas, le Conseil régional de l'Ontario avait conclu :
Les membres du Conseil régional de l'Ontario estiment quil est justifié, sur la base de leurs observations, de croire que la série dans son ensemble est conçue de façon telle qu'elle contrevient vraisemblablement aux articles en question du Code concernant la violence à l'instar des épisodes visionnés pour rendre la présente décision.
Par la suite, dans CHOM-FM et CILQ-FM au sujet du Howard Stern Show (Décision du CCNR 97/98-0001+ et 0015+, les 17 et 18 octobre 1997), les Conseils régionaux du Québec et de l'Ontario, confrontés à une situation fortement semblable, ont déclaré que :
Les Conseils sont d'avis que, bien que le sujet des émissions du Howard Stern Show varie quotidiennement, l'approche de la présentation du contenu le sujet principal de cette décision demeure systématiquement semblable d'un jour à l'autre.
Par conséquent, ils étaient prêts à considérer l'émission dans son ensemble, mais de façon quelque peu diffé rente. Dans ce cas-ci, les Conseils ont pris note du fait que, selon le New York Times,
[traduction] Les studios [Studios USA] à qui appartiennent le Jerry Springer Show l'émission diffusée le jour et connue pour la violence, les grossièretés et les confrontations physiques quelle contient ont annoncé mardi [le 25 mai 1999] qu'ils élimineraient ces trois éléments des émissions futures.
Par conséquent, bien que les observations concernant les infractions aux codes demeurent les mêmes, les Conseils reconnaissent que les éléments violents, qui enfreignent le Code concernant la violence de l'ACR, pourraient ne pas être présents dans l'émission diffusée au cours de la saison d'automne 1999. Mais que lengagement des producteurs quant au contenu violent de lémission soit ferme ou non, les Conseils concluent que les télédiffuseurs privés canadiens doivent trouver un moyen, comme ils l'ont fait avec succès par le passé , d'assurer dans les 30 prochains jours que les diffusions futures quil sagisse de reprises ou de nouveaux épisodes nincluent pas ces éléments violents dans les épisodes puisque sinon, ils contreviendraient au Code.
Réceptivité du radiodiffuseur à la plainte
En plus d'évaluer la pertinence des codes dans le contexte de la plainte, le CCNR évalue toujours le soin avec lequel le radiotélé diffuseur répond à la plainte. Dans ce cas, le CCNR estime que le télédiffuseur a répondu de façon complète et é quitable à chacune des questions soulevées par le plaignant. Par conséquent, le télédiffuseur n'a pas enfreint la norme du CCNR concernant la r éceptivité du radiodiffuseur. Aucune action supplémentaire n'est requise sur ce plan.
ANNONCE DE LA DÉCISION
Chacune des stations est tenue dannoncer cette décision, sans délai, selon les termes suivants, durant les heures de grande écoute et dans les trente prochains jours. Il doit par ailleurs confirmer la diffusion de cette déclaration au CCNR de même quà chacun des plaignants ayant déposé une demande de décision.
Dans le cas de CIHF-TV :
Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision a trouvé que CIHF-TV a violé les dispositions du Code concernant la violence de l'ACR. Le Conseil a déclaré que les émissions du Jerry Springer Show, diffusées les 3, 4 et 5 août 1998, ont endossé, encouragé ou glorifié la violence comme étant un mécanisme de résolution à une relation personnelle conflictuelle et que cette violence est leur marque de commerce.
Dans le cas de CKMI-TV :
Le Conseil canadien des normes de la radiotélévision a trouvé que CKMI-TV a violé les dispositions du Code concernant la violence de l'ACR. Le Conseil a déclaré que les émissions du Jerry Springer Show, diffusées les 29 janvier et 5 mars 1999, ont endossé, encouragé ou glorifié la violence comme étant un mécanisme de résolution à une relation personnelle conflictuelle et que cette violence est leur marque de commerce.
La présente décision devient un document public dès sa publication par le Conseil canadien des normes de la radiotélédiffusion.